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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 08:51

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Agriculteurs contre grande distribution, un combat bien inégal

La grande distribution est le principal débouché commercial pour de nombreux agriculteurs français, notamment dans le secteur des fruits et légumes. Or, les prix imposés par les distributeurs sont beaucoup trop bas pour permettre aux producteurs de vivre de leur travail.

Quand les relations commerciales deviennent un bras de fer injuste

 

Il peut paraître exagéré de parler de "combat" entre un acheteur et un fournisseur : après tout, l'un est le client de l'autre, et le principe du gagnant-gagnant est censé régir les relations commerciales. Et pourtant, dès qu'il s'agit de grande distribution et de petits producteurs, la donne est faussée : toute-puissance des uns, faiblesse des autres, l'agriculture française est la grande perdante de cette lutte inégale. Les manifestations régulières des agriculteurs (blocage de plates-formes de distribution, tonnes de marchandises répandues sur la chaussée, distribution gratuite de fruits au public...), qu'ils soient producteurs de lait, de viande ou de fruits et légumes, viennent régulièrement nous rappeler la détresse de bon nombre de paysans.

 

La guerre des prix bas

 

Le problème vient de la politique de prix pratiquée par les distributeurs (Carrefour, Leclerc, Auchan, Système U, Casino...). Objectif des enseignes : optimiser la marge réalisée sur la vente de chaque produit présent en rayon, afin de maximiser les bénéfices. En clair, cela revient à acheter le moins cher possible, pour revendre le plus cher possible, tout en restant dans certaines limites : celles fixées d'un côté par un "prix psychologique" à ne pas dépasser (par exemple, pour le client lambda, un kilo de poires ne doit pas coûter plus de 3€), et d'un autre côté, par la nécessité de s'aligner sur la concurrence. Qui met la main à la poche dans l'affaire ? D'abord le producteur, qui est contraint de vendre ses produits à des prix ridiculement bas (trop souvent même, à perte), ensuite, le consommateur, qui paie finalement cher des produits sur lesquels le distributeur s'autorise des marges confortables.

 

Le kilo de poires acheté 0,17€ au producteur est revendu 2,80€

 

Prenons un exemple : un kilo de poire coûte 0,35€ à produire. L'agriculteur, s'il veut rentrer dans ses frais et vivre de son activité, doit le vendre entre 0,40 et 0,45€. Or, la grande distribution le lui achète en moyenne 0,17€, et le consommateur le trouve en rayon entre 2,50 et 3€. Certes, entre le producteur et le distributeur, il y a généralement un intermédiaire (groupement de producteur ou grossiste) et il faut tenir compte du prix de l'emballage et éventuellement de l'étiquette, mais cela ne suffit pas à expliquer un tel écart de prix entre les deux extrémités de la filière. Quelqu'un se remplit les poches aux dépens des autres : c'est la grande distribution. Pendant ce temps, les producteurs s'endettent et les consommateurs les plus modestes peinent à s'offrir des fruits et légumes frais, devenus inaccessibles pour les petits budgets.

 

La grande distribution, client incontournable pour les producteurs

 

Mais pourquoi les producteurs acceptent-ils de vendre à perte ? D'abord, parce que la grande distribution représente, dans l'exemple des fruits et légumes frais, 80% des débouchés commerciaux. Rares sont ceux qui parviennent à se débrouiller sans elle pour écouler leur production. Ensuite, parce que les produits concernés par la vente à perte sont des denrées périssables (viande, lait, fruits et légumes), et que le producteur doit vendre rapidement après la récolte. Enfin, parce que la grande distribution a la possibilité d'acheter à l'étranger, à bas prix, et hors saison : pour les poires par exemple, des fruits d'Argentine ou du Chili achetés à des prix défiant toute concurrence (en dépit du coût du transport) sont déjà dans les rayons lorsque les récoltes françaises arrivent sur le marché. Les petits producteurs français, s'ils veulent vendre, sont donc contraints d'accepter les termes du contrat dicté par les distributeurs. Ainsi, les agriculteurs ont besoin de la grande distribution, mais la réciproque n'est pas vraie, d'où un déséquilibre, des abus, des injustices.

 

Quelle sera l'agriculture française demain ?

 

Le problème n'est pas seulement éthique : cet étranglement des agriculteurs mène tout droit à la mort de l'agriculture française, du moins à celle des petites exploitations des filières de l'élevage, du maraîchage et de l'arboriculture fruitière (les grands céréaliers, eux, vont bien, merci). Endettés, parfois incapables de se verser un salaire, les agriculteurs disparaissent (les dépressions et les suicides sont d'ailleurs plus nombreux chez eux qu'au sein d'autres catégories socio-professionnelles) et les installations se font plus rares, les jeunes n'étant guère désireux de se lancer dans une activité où le travail est si mal récompensé.

Si rien n'est fait, la France risque fort de se retrouver dans quelques décennies sans producteurs, et de devoir aller chercher à l'étranger ce qu'elle produisait autrefois elle-même... avec toutes les conséquences en termes de bilan carbone, de qualité (par exemple, les normes en matière d'emploi de pesticides ne sont pas les mêmes selon les pays) et de goût (des fruits qui doivent être transportés sur de longues distances sont cueillis avant maturité pour supporter le voyage).

 

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