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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 08:16

 

Deux cadres du hard discounter, soupçonnés d’avoir donné l’ordre de ne pas engager des étrangers munis d’un certain type de titre de séjour, ont été placés en garde à vue le 28 juin. Mona a recueilli les avis et témoignages des employés et syndicalistes proches de ce dossier.

 

Le 28 juin, deux cadres supérieurs du hard discounter allemand Lidl ont été placés en garde à vue dans les locaux de la Police judiciaire de Creil, dans l’Oise. Les deux hommes auraient donné l’ordre de ne pas recruter d’étrangers titulaires d’un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », attribué aux conjoints de Français. Pour la première fois depuis la garde à vue de ces deux cadres, des hommes et des femmes, tous employés ou anciens collaborateurs de la société s’expriment et racontent le dessous de l’affaire au Bondy Blog. Selon eux, les ordres étaient clairs : « Le recrutement de candidats étrangers titulaires d’un titre de séjour « vie privée et familiale » était formellement interdit. »

« C’était un excellent élément et je souhaitais la garder dans l’équipe », affirme Olivier K.*, le responsable de réseau par qui tout a commencé. Cet élément, c’est Aissatou S., arrivée en France pour vivre avec son époux français. Son titre de séjour temporaire lui permettant de travailler, elle a rejoint le géant allemand du hard discount alimentaire dans le cadre d’un contrat aidé. Aissatou S. occupait le poste de caissière-employée libre-service dans l’un des magasins dirigé par Olivier M. en Picardie. « A la fin de son contrat, c’est tout naturellement que je lui ai fait part de mon intention de la recruter en contrat à durée déterminée. J’étais satisfait d’elle et j’avais besoin de renfort au magasin, pourquoi recruter une autre personne ? », confie Olivier K.

 

 

Pour constituer le nouveau contrat d’Aissatou S., le responsable de réseau fait alors remonter les pièces du dossier au service des ressources humaines du siège régional de Barbery, en Picardie. Le dossier lui est retourné. Refusé. « Nous avions convenu de nous revoir pour la signature du contrat quelques jours plus tard. Pour moi, ce rendez-vous ne devait être qu’une formalité administrative. » Pourtant, une fois face à Aissatou S., il a dû lui annoncer qu’il ne pouvait plus la recruter malgré le manque de personnel dans le magasin. « J’ai alors tenté de négocier avec mes supérieurs mais le message était clair : Lidl ne recrute plus d’étrangers titulaires d’un titre de séjour « vie privée et familiale ». »

Par souci de transparence face à cette personne qu’il connaissait et dont il appréciait le travail, Olivier. M. décide de lui expliquer les raisons pour lesquelles son recrutement n’était plus possible. « C’était délicat. J’étais embarrassé alors qu’elle, était humiliée. Aissatou S. a aussitôt porté plainte contre moi pour discrimination à l’embauche », soupire-t-il. « Lors de mon audition par le commissaire de police, j’ai tout dit. J’ai donné le nom de mes supérieurs et expliqué en détails les consignes que nous recevions de nos directeurs et du siège de Strasbourg », raconte Olivier K. 

 

Plusieurs mois après la plainte de la jeune femme, ce sont le directeur régional pour l’Ile-de-France, l’Oise et l’Aisne et le responsable administratif qui ont été placés en garde à vue au commissariat de Senlis, en Picardie. D’anciens collègues ont soutenu Olivier K. et ont également été entendus par la police. Ils ont confirmé que des consignes avaient bien été données afin de ne plus recruter d’étrangers titulaires de ce type de titre de séjour.

« La première fois que nous avons reçu ces directives, nous étions en réunion mensuelle en Picardie. C’était début 2010 », témoignent Charles et Sonia, deux anciens responsables de réseau de la région parisienne. « Nous étions choqués d’entendre de telles choses mais ne pouvions rien faire pour les changer. Il fallait suivre les ordres », expliquent-ils. Quelques mois après cette réunion, une vague de démissions secoue la direction régionale : la moitié des responsables de réseau décide de quitter la société. « Nous n’étions plus en phase avec plusieurs des consignes et le management que l’on nous demandait d’appliquer. Il était courant de recevoir l’ordre de nos supérieurs de licencier, en urgence, un salarié étranger qui avait un titre de séjour « vie privée et familiale » avec une date proche du renouvellement.  C’était à nous de trouver le motif. Difficile quand tout se passe bien », constatent-ils.

« En soutien à Olivier, nous avons réuni autant de preuves que nous pouvions. Les langues se sont déliées. Aujourd’hui, nous avons en notre possession près d’une centaine de dossiers « vie privée et familiale » refusés et retournés en magasin par la direction régionale ainsi que des documents présentés aux réunions au siège strasbourgeois », se félicite Sonia.

 

Selon Me Olivier Gutkes, l’avocat des deux responsables placés en garde à vue fin juin, tout cela n’a pas de sens : « Il n’y a pas de discrimination à l’embauche chez Lidl. Il suffit de consulter les registres du personnel. Un tiers des employés des magasins de la région de Barbery est étranger. Il semblerait juste qu’une personne n’ait pas obtenu le poste qu’elle souhaitait, et elle a cru opportun de porter plainte », assure-t-il avant d’ajouter que « Lidl détient suffisamment d’éléments qui lui permettent d’être confiant quant à l’issue de cette affaire ». Il précise que pour son client, « seules comptent les valeurs de l’individu et non sa nationalité ou ses origines. »

 

« S’il y avait réellement discrimination, que faisaient les syndicats ? », interroge Me Gutkes. « Pour des raisons évidentes de discrétion, les ordres de cette nature sont toujours adressés oralement », explique Lahouri Tami, secrétaire général du syndicat UNSA. « C’est exactement la même chose avec les cas de harcèlement sexuel sur lesquels nous travaillons, nous ne pouvons intervenir tant que les preuves ne sont pas solides, même lorsque nous savons que cela est réel. Cela nécessite du temps. »

Fatiha Hiraki, chef de magasin et déléguée syndicale UNSA, a obtenu la confirmation de l’existence de ces directives grâce aux bons rapports qu’elle entretenait avec certains responsables « réseau », mais surtout à son poste de chef. « Dès que j’ai eu connaissance de cette pratique, j’ai aussitôt prévenu la HALDE (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité). »

Pour Fatiha Hiraki, les raisons de cette forme de discrimination sont simples : « Recruter des étrangers avec ce type de titre de séjour exige un personnel dédié au sein du service des ressources humaines. Les échanges avec les préfectures et l’OFII, l’Office français de l’immigration et de l’intégration, sont nombreux et entraînent un surplus de travail. De plus, cela demande une certaine gymnastique dans les emplois du temps du personnel car lorsqu’un salarié étranger doit renouveler son titre de séjour, il ne peut plus travailler et cela peut durer de quelques semaines à plus d’un mois », précise-t-elle.

« Il y a également ceux qui reviennent en magasin avec le document que la préfecture leur remet. Il leur permet de solliciter auprès de l’employeur une prise en charge des frais de renouvellement qui s’élèvent à plusieurs centaines d’euros par an et par salarié. Ne plus recruter cette catégorie d’étrangers simplifie les choses. C’est le calcul qu’a fait le hard-discounter », explique-t-elle.

Le hard-discounter se défend d’être raciste et nie la discrimination. Sonia, ancienne responsable de réseau, fulmine : « C’est honteux de jouer sur les mots avec un tel dossier. Nous ne disons pas que Lidl est raciste, nous disons qu’il y a eu discrimination. »

Aujourd’hui, Olivier M. a retrouvé un emploi, mais reste lié à Lidl par cette plainte qui existe toujours contre lui. « C’est encore très lourd à gérer. Je ne veux plus y penser, j’ai juste envie de passer à autre chose, dit-il. C’est Lidl qui a fait de la discrimination, pas moi. »

 

*Les identités ont été changées

 

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Published by Caddyman - dans Lidl
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