Le courrier du comité d'hygiène et de sécurité de l'hypermarché Auchan La Couronne
est arrivé hier sur le bureau du directeur de l'enseigne: l'instance représentative du personnel dénonce «une dégradation des conditions de travail» au sein du service chargé de la
sécurité de la grande surface (14 salariés, sur 400). Trois employés seraient «victimes de surveillances particulières afin de les mettre sous pression». Une situation telle, selon le
CHSCT, que deux employés sont, ou ont été, en arrêt de travail «pour cause de stress». En parallèle, jure le comité, «il nous a été fourni des éléments prouvant que des agents ou
chef d'équipe commettent des fautes», mais, eux, «ne sont pas inquiétés».
Pour la direction, «le système n'est pas défaillant»
L'un des employés cité, dépité par cette situation, a décidé à s'afficher au grand jour: Cédric Narces, 36 ans, travaille au service sécurité depuis 2001 et il n'a
aucun scrupule à dénoncer les «vexations», les «sanctions arbitraires» et les «petites choses accumulées au fil des ans», qui font qu'aujourd'hui, selon son analyse,
l'ambiance est «insupportable».
«On sent une volonté de nous prendre en faute», insiste celui qui a récemment porté plainte pour dénoncer des faits de différentes natures. Et de citer des
exemples concrets, comme l'oubli de l'un des surveillants de fermer une grille. «D'autres font les mêmes erreurs ou pire sans être jamais sanctionnés», confirme Vincent Gascoin, du CHSCT
d'Auchan.
Cédric Narces raconte un autre exemple de «vexations»: son supérieur aurait ainsi sanctionné un salarié pour «avoir utilisé, en pleine nuit, le matériel de
vidéo surveillance d'Auchan pour observer un couple occupé à folâtrer dans une voiture stationnée sur le parking». Au lieu de prévenir le collègue chargé de les faire décamper, il aurait
préféré «zoomer» pour les observer à distance.
Face à ces remarques, le directeur d'Auchan, Bertrand Houseaux, veut d'abord insister sur un point: «Ces déclarations ne doivent pas donner l'impression que la
sécurité ne fonctionne pas à Auchan. Le système n'est pas défaillant». L'entrepreneur ne prend pas le sujet à la légère. «Dès qu'on est saisi de questions où des salariés sont en
souffrance, on les accueille avec sérieux», affirme-t-il. Pourtant, il ne cache pas ses doutes: «Le médecin du travail n'a jamais noté de soucis de harcèlement». Et de tacler Cédric
Narces: «Je trouve paradoxal que, pour souligner une mauvaise ambiance, on choisit de dénoncer ses petits camarades.»
Le patron d'Auchan balaie enfin un argument sous-jacent à cette procédure selon lequel «l'affaire» serait révélatrice d'un climat plus général de l'entreprise:
«Nous sommes dotés d'un moyen de mesure ultra-confidentielle des conditions de travail. Résultat: plus de 85 % des gens ont un sentiment qui va de ''très agréable'' à
''agréable''.»
Des soucis au service sécurité d'Auchan La Couronne, ce n'est pas une première. En 2004, le numéro deux de ce même service a été mis à la porte pour avoir dénoncé les
magouilles de son chef. A l'époque, l'adjoint a attaqué sa direction aux prud'hommes pour licenciement abusif.
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